Le cas Victor Sommer, de Vincent Delareux

Chronique de Nathalie Jacqmin-Clautier - 8 février 2023

"Le cas Victor Sommer", de Vincent Delareux

Si vous ne savez pas à quoi ressemble l’auteur de ce livre et que vous plongez dans ces lignes, les premières choses qui vous frapperont seront la fluidité et la maturité de la plume. Incroyable d’apprendre, par la suite, que l’auteur n’avait que 22 ans lorsqu’il a écrit ce roman !

« Le cas Victor Sommer » nous offre la possibilité de nous assoir à la table d’un jeune homme de 33 ans, Victor. Effacé, Victor vit dans l’ombre de sa mère, selon ses désirs à elle, ses idées à elle. Forcément, cette quasi-soumission à cette femme, qui apparaît très vite au lecteur comme une manipulatrice hors pair, a provoqué chez Victor de légers dysfonctionnements. Alors qu’il nous narre son quotidien, nous, les lecteurs, sommes rapidement frappés par sa terrible naïveté. On a presque envie de lui asséner deux baffes pour l’aider à se rebeller. Jusqu’au jour où sa « maman » disparaît. Comment Victor, si dépendant, va-t-il s’en sortir ? Mais surtout, où est-elle ? Pourquoi l’a-t-elle abandonné ?

Il y a une première chose importante à savoir : S’il est tout à fait possible d’être surpris par la fin lorsque l’on n’est pas forcément féru de romans noirs, c’est cependant impensable pour quelqu’un comme moi, biberonnée aux polars, de ne pas sentir le « truc » arriver. Mais ce n’est pas si grave, parce que nous tenir en haleine n’était pas la priorité première de l’auteur. Tout se joue ailleurs, dans une ambiance, dans cette dualité du personnage de Victor, qui ne sait pas s’il doit pleurer l’absence de sa mère ou en redouter le retour ! Ce texte nous parle d’influences, de bâillonnement maternel, de culture du non-dit. Ce texte est un cri de désespoir, mais il n’est pas étouffant pour autant ! 

Et c’est là, je pense, le tour de force réalisé par l’auteur : Avec ses mots empreints de maîtrise et de justesse, l’auteur nous guide à travers « le cas » de Victor. Il y a beaucoup de la poésie, mais aussi de la maturité, de l’humour et même de la mélancolie. On ne dévore certes pas ces pages, parce qu’il n’y a pas d’urgence à comprendre ce que les lecteurs aguerris auront très vite compris. Mais il y a cette envie d’accompagner Victor jusqu’à la vérité. La vérité, ou sa vérité, qu’importe ? On sort de cette lecture avec un triste sentiment d’immense gâchis. Mais telle est la vie. Et surtout, cela nous rappelle l’importance du dialogue.

Alors, ai-je aimé ou non ? La réponse n’est pas aussi simple. Je suis une lectrice particulièrement exigeante et l’un de mes critères est, souvent, l’effet de surprise. Je n’en ai pas eu, ici, vous l’avez compris. Mais, plutôt que de rester sur une déception pressentie dès les premières pages, je me suis attachée aux autres points positifs de ce roman, et la force incroyable qui se dégage de ces lignes en est indéniablement le plus important ! Il faut pouvoir aborder ce roman comme un texte d’une lumineuse noirceur et se laisser porter par cette jolie plume, emplie de références classiques.

Nathalie Jacqmin-Clautier ✍️

Editeur : Archipel

Paru le 25/05/2022

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